EN DÉVELOPPEMENT Ce manuel est en cours de rédaction. Le texte est complet et vérifié ; les photographies et les schémas restent à produire.

Manuel de réanimation · Édition 2026

Agir avant l'ambulance

Ce qu'il faut faire, et dans quel ordre, devant quelqu'un qui ne respire plus. Adulte, enfant, bébé.

Richard Grondin — formateur en secourisme depuis 30 ans
Selon la norme canadienne CSA Z1210 (ACNOR)

RCR ET PREMIERS SOINS

Ce qu'il faut faire, et dans quel ordre

🛑 LA RÈGLE QUI GOUVERNE CE LIVRE

Ce livre suit la norme canadienne CSA Z1210 (ACNOR) — celle du secourisme en milieu de travail, avec laquelle toutes les provinces et tous les territoires ont harmonisé leurs règlements.

Elle fixe ce qui doit être enseigné : la réanimation cardiorespiratoire chez l'adulte, l'enfant et le bébé, le défibrillateur externe automatisé, l'administration d'épinéphrine par auto-injecteur, et l'évaluation de la victime.

⚠️ Quand une source dit autre chose, c'est la norme qui gagne. Certains manuels écrivent encore « un tiers à une demie » pour la profondeur chez le bébé ; la valeur retenue ici est « au moins un tiers, soit environ 4 cm ».

⚠️ Et quand la norme ne tranche pas, c'est l'expérience de Richard qui décide — trente ans d'enseignement. Ces passages-là sont marqués comme tels.

AVANT DE COMMENCER

Vidéo d'introduction

Deux minutes avec Richard Grondin, avant de commencer à lire.

Emplacement réservé

Ce manuel enseigne les gestes qui sauvent une vie en attendant l'ambulance.

Il s'adresse à tout le monde : au parent, au moniteur de terrain de jeu, à la personne qui travaille dans une clinique. Vous n'avez pas besoin de formation médicale pour vous en servir.

Deux encadrés portent la mention PROFESSIONNEL. Ils s'adressent aux personnes qui travaillent en milieu de soins. Si ce n'est pas votre cas, sautez-les — vous n'en avez pas besoin, et les gestes qu'ils décrivent demandent une pratique que vous n'aurez pas.

Ce qu'on vous demande de retenir

Rien de compliqué. Une personne qui ne réagit pas et qui ne respire pas va mourir dans les minutes qui suivent. Vos mains sur sa poitrine sont ce qui peut changer ça.

Le reste — la profondeur exacte, le rythme, les insufflations — améliore vos chances. Mais commencer imparfaitement vaut infiniment mieux que ne rien faire.

1

AVANT DE TOUCHER À QUELQU'UN

Sécuriser les lieux

Regardez avant d'avancer. Un secouriste blessé devient une deuxième victime, et il n'y a plus personne pour aider.

Cherchez ce qui pourrait vous atteindre :

Si le danger ne peut pas être éliminé, ne vous approchez pas. Appelez le 911 et attendez. C'est une décision difficile à prendre, et c'est la bonne.

Se protéger

Un masque de poche et une paire de gants. Rien de plus.

Gardez-les là où vous serez : dans l'auto, dans le sac, à la garderie, à la clinique. Une barrière restée à la maison ne protège personne.

Demander la permission

Une personne consciente peut refuser votre aide. Présentez-vous, dites ce que vous voulez faire, et demandez.

Une personne inconsciente ne peut pas répondre. La loi présume alors qu'elle accepte : vous intervenez sans demander.

2

RECONNAÎTRE L'URGENCE

Trois gestes, dans cet ordre. Ils prennent moins d'une minute.

① Vérifier la conscience

Parlez fort. Touchez doucement les épaules.

Criez dans les deux oreilles — quelqu'un peut être sourd d'un côté.

Elle répond, elle bouge, elle ouvre les yeux ? Elle est consciente. Passez au chapitre 3 : l'évaluation CSAMPLE.

Aucune réaction ? Continuez.

② Appeler les services d'urgence

Maintenant. Avant de vérifier la respiration.

Si quelqu'un est là, désignez-le du doigt et parlez-lui directement :

Nommer la personne change tout. « Que quelqu'un appelle le 911 » ne fait appeler personne : chacun croit qu'un autre s'en charge.

Si vous êtes seul, appelez vous-même, mettez le téléphone sur haut-parleur, et posez-le à côté de vous. Vous garderez les mains libres.

Ce qu'il faut dire

OÙ          l'adresse, l'étage, le local — le plus précis possible
QUOI        « une personne inconsciente qui ne respire pas »
QUI         adulte, enfant ou bébé
VOUS        votre nom, votre numéro

Ne raccrochez pas le premier. La personne au bout du fil peut vous guider, et elle a besoin de savoir si la situation change.

③ Vérifier la respiration

Dix secondes, pas plus. Regardez la poitrine.

Elle se soulève et redescend, régulièrement ? Elle respire. Elle ne bouge pas, ou elle bouge n'importe comment ? Elle ne respire pas.

3

LA VICTIME EST CONSCIENTE — CSAMPLE

Elle vous répond. Vous n'avez pas à faire de RCR — vous avez à comprendre ce qui se passe, à la rassurer, et à transmettre l'information aux secours.

Sept lettres, sept questions. Elles se posent dans la conversation, pas comme un interrogatoire.

Ce qu'on demande
CCirconstancesQu'est-ce qui s'est passé ? Où avez-vous mal ?
SSignes et symptômesQue ressentez-vous ? Depuis quand ?
AAllergiesÊtes-vous allergique à quelque chose ?
MMédicamentsPrenez-vous des médicaments ?
PPassé médicalAvez-vous déjà eu ça ? Une maladie connue ?
LDernier repasQuand avez-vous mangé ou bu la dernière fois ?
EÉvénementQue faisiez-vous juste avant ?

Notez les réponses, ou faites-les noter. Les ambulanciers vous les demanderont, et une personne qui perd conscience entre-temps ne pourra plus répondre.

4

LA RCR CHEZ L'ADULTE

Elle ne réagit pas. Elle ne respire pas. L'ambulance est appelée. Commencez tout de suite.

Les compressions chez l'adulte

La position des mains, les bras verrouillés, la profondeur et la remontée complète.

Emplacement réservé

Où placer les mains

Au centre d'une ligne imaginaire qui passe entre les mamelons.

C'est le repère le plus rapide à trouver, et il tombe sur la moitié inférieure du sternum — l'os plat qui descend entre les côtes.

Le talon d'une main sur cet os, l'autre main par-dessus, les doigts entrelacés et relevés pour qu'ils ne touchent pas les côtes.

Vos épaules à la verticale de vos mains. Vos bras droits, verrouillés.

Comment comprimer

Profondeurau moins 5 cm (2 po), sans dépasser 6 cm (2,4 po)
Fréquence100 à 120 compressions par minute
Remontéecomplète entre chaque compression
Rapport30/2 — seul ou à deux

La remontée complète est aussi importante que la descente. Le cœur ne se remplit que lorsque la poitrine remonte. Si vous restez appuyé, vous comprimez un cœur vide.

110

Le rythme, pour de vrai

110 compressions par minute — le milieu de la fourchette. Écoutez-le une fois, vous l'aurez dans les mains.

Les insufflations

Trente compressions, puis deux insufflations. 30/2.

Pour chaque insufflation :

  1. Ouvrez les voies respiratoires — renversement de la tête, soulèvement du

menton

  1. Posez le masque de poche sur le nez et la bouche, bien scellé
  2. Soufflez pendant une seconde — juste assez pour voir la poitrine se

soulever

  1. Laissez l'air ressortir, puis recommencez

Continuer

Ne vous arrêtez pas avant :

Si vous êtes deux, changez de place toutes les 2 minutes. La qualité des compressions chute après deux minutes, et celui qui comprime ne s'en rend jamais compte. Changez même si vous vous sentez capable de continuer.

5

LA RCR CHEZ L'ENFANT

Tout ce que vous venez de lire s'applique. Trois choses changent.

① L'arrêt n'a pas la même cause

Chez l'adulte, le cœur s'arrête d'un coup. Chez l'enfant, c'est presque toujours la respiration qui manque en premier — étouffement, noyade, crise d'asthme — et le cœur suit.

Conséquence directe : les insufflations comptent davantage. Chez l'enfant, ne vous contentez pas des compressions seules si vous pouvez faire autrement.

Les compressions chez l'enfant

Une main ou deux, et le tiers du thorax — la différence avec l'adulte.

Emplacement réservé

② Les mains

Une seule main suffit si l'enfant est petit. Deux mains si vous n'arrivez pas à descendre assez profondément.

Même endroit : centre de la poitrine, moitié inférieure du sternum.

③ La profondeur

Au moins le tiers de l'épaisseur de sa poitrine — soit environ 5 cm.

La fréquence ne change pas : 100 à 120 par minute.

Le rapport

Un seul secouriste30 compressions / 2 insufflations
Deux secouristes15 compressions / 2 insufflations
6

LA RCR CHEZ LE BÉBÉ

Les compressions chez le bébé

Les deux doigts, puis la technique des deux pouces à deux secouristes.

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Les mains

Deux doigts, la largeur d'un doigt sous la ligne des mamelons, sur la partie inférieure du sternum.

Le majeur et l'annulaire, ou l'index et le majeur — celui qui vous convient.

À deux : la technique des deux pouces

Quand un deuxième secouriste est là, les deux pouces côte à côte sur le sternum, les mains encerclant la poitrine pour soutenir le dos du bébé.

Vous comprimez avec les pouces en serrant le dos avec les doigts.

La profondeur

Au moins le tiers de l'épaisseur de sa poitrine — soit environ 4 cm.

Fréquence : 100 à 120 par minute, comme pour tout le monde.

Les voies respiratoires — attention

Les insufflations

De petites bouffées. Le volume d'air d'un bébé se compte en gorgées, pas en souffles. Vous couvrez son nez et sa bouche ensemble avec le masque adapté.

Rapport : 30/2 seul, 15/2 à deux — comme chez l'enfant.

7

LE DÉFIBRILLATEUR (DEA)

C'est l'appareil qui redémarre un cœur. Les compressions gagnent du temps ; le défibrillateur, lui, peut tout changer.

Vous en avez déjà vu un — dans un centre commercial, une école, un aréna, un hall d'immeuble. Une boîte, souvent verte ou jaune, marquée d'un cœur avec un éclair.

Quand s'en servir

Dès qu'il arrive. Sans attendre.

Chaque minute compte. Continuez les compressions pendant que quelqu'un va le chercher, et pendant que vous l'ouvrez.

Se servir d'un défibrillateur

De l'ouverture du boîtier au choc, en conditions réelles.

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Comment s'en servir

① Ouvrez-le ou allumez-le. Certains démarrent tout seuls quand on ouvre le couvercle. Il se met à parler.

② Dénudez la poitrine. Complètement. Coupez le vêtement si nécessaire — c'est un moment où on ne demande pas la permission.

③ Collez les électrodes. Les dessins sont sur les électrodes elles-mêmes.

④ Écartez-vous quand il analyse. « Ne touchez pas le patient. » Personne ne touche — ni vous, ni le brancard, ni la civière.

⑤ Si un choc est conseillé, criez « Écartez-vous ! », vérifiez d'un regard que personne ne touche, et appuyez.

⑥ Recommencez les compressions immédiatement. 🛑 Sans vérifier le pouls, sans attendre de voir. Le cœur met du temps à repartir, et ce sont vos compressions qui l'y aident.

Où coller les électrodes

Chez l'adulte et le grand enfant

UNE      en haut à droite de la poitrine, sous la clavicule
L'AUTRE  sur le côté gauche, sous l'aisselle

C'est la position dessinée sur toutes les électrodes. Le courant doit traverser le cœur : c'est pour ça qu'elles sont en diagonale.

Chez le jeune enfant et le bébé

Si les électrodes sont trop grandes pour que les deux tiennent sur la poitrine sans se toucher, collez-en une devant et une dans le dos.

DEVANT   au centre de la poitrine
DERRIÈRE entre les omoplates

🛑 Ce qu'il faut savoir quand vous n'avez pas d'électrodes pédiatriques

Utilisez celles pour adultes. Ne retardez rien.

La norme est claire là-dessus : un défibrillateur sans réducteur de dose peut quand même sauver la vie.

L'ordre de préférence, chez un bébé de moins d'un an :

1er choix   un défibrillateur manuel (milieu de soins)
2e choix    un DEA avec réducteur de dose pédiatrique
3e choix    un DEA ordinaire, électrodes d'adulte

Le troisième choix reste infiniment meilleur que rien. L'erreur serait d'attendre l'appareil parfait pendant que le cœur ne repart pas.

Les cinq situations qui embêtent tout le monde

SituationCe qu'il faut faire
La poitrine est mouilléel'essuyer rapidement — l'eau disperse le courant
La personne est dans l'eaula sortir de l'eau d'abord ; une flaque ne pose pas problème
Poitrine très poilueappuyer fort ; si ça ne colle pas, arracher les électrodes d'un coup et en poser d'autres
Un timbre de médicamentl'enlever et essuyer la peau — jamais coller par-dessus
Un stimulateur cardiaque (bosse sous la peau)décaler l'électrode d'au moins un travers de main
8

LA POSITION LATÉRALE DE SÉCURITÉ

Elle est inconsciente, mais elle respire. Vous n'avez pas de RCR à faire — vous avez un danger à écarter.

Le danger

Sur le dos, une personne inconsciente peut s'étouffer avec sa propre langue, ou avec ce qu'elle régurgite. Elle ne tousse plus, elle n'avale plus : ses réflexes sont éteints.

Couchée sur le côté, tout s'écoule.

La position latérale de sécurité

Les quatre étapes, sans forcer, sur une personne inconsciente qui respire.

Emplacement réservé

Comment la tourner

  1. Agenouillez-vous à côté d'elle, le bras le plus proche de vous étendu

au-dessus de sa tête

  1. L'autre bras replié, le dos de sa main contre sa joue
  2. Pliez le genou le plus éloigné, pied à plat au sol
  3. Tirez sur ce genou pour la faire rouler vers vous
  4. Ajustez la tête pour que la bouche reste ouverte et pointe vers le sol

Surveillez sa respiration en tout temps. Si elle cesse de respirer, remettez-la sur le dos et commencez la RCR.

🛑 Quand NE PAS la tourner

Si vous soupçonnez une blessure à la colonne — une chute, un plongeon, un accident de voiture, un choc à la tête.

Laissez-la dans la position où vous l'avez trouvée, si cette position est sécuritaire. Stabilisez sa tête avec vos deux mains et attendez les secours.

La subluxation de la mâchoire

Vue de profil, pour voir que la tête ne bouge pas. Le geste qu'on rate le plus.

Emplacement réservé

La subluxation de la mâchoire

C'est la façon d'ouvrir les voies respiratoires sans bouger le cou.

VOUS          à la tête de la victime, au-dessus d'elle
LES MAINS     de chaque côté du visage, sur l'angle de la mâchoire,
              près des oreilles
LES COUDES    appuyés au sol
LE GESTE      les doigts poussent la mâchoire vers l'avant et vers le haut
LA TÊTE       🛑 NEUTRE — aucune extension, aucun basculement
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LA DÉSOBSTRUCTION DES VOIES RESPIRATOIRES

Quelqu'un s'étouffe. C'est le geste que vos trois publics risquent le plus de poser : un enfant qui avale de travers au terrain de jeu, un patient qui aspire un fragment en clinique dentaire, un morceau de viande à table.

D'abord : est-ce vraiment une obstruction complète ?

Posez la question : « Est-ce que tu t'étouffes ? »

Ce que vous voyezCe que ça veut direCe que vous faites
Elle tousse fort, elle parle, elle respireobstruction partielle🛑 NE TOUCHEZ À RIEN
Elle ne peut ni parler ni tousser, elle porte les mains à sa gorgeobstruction complèteintervenez tout de suite

Le signe universel de l'étouffement : les deux mains à la gorge. Beaucoup de gens le font d'instinct sans l'avoir appris.

Désobstruction — adulte et enfant

Cinq tapes dans le dos, cinq poussées abdominales, et l'alternance.

Emplacement réservé

Adulte et enfant conscients

Placez-vous derrière la personne.

Cinq tapes dans le dos — le talon de la main, entre les omoplates, des coups francs et séparés. Penchez-la vers l'avant : ce qui sort doit tomber, pas redescendre.

Puis cinq poussées abdominales :

  1. Vos bras autour de sa taille
  2. Un poing fermé, le pouce contre son ventre, **au-dessus du nombril et sous

le sternum**

  1. L'autre main par-dessus
  2. Tirez d'un coup sec vers vous et vers le haut

Alternez cinq et cinq jusqu'à ce que l'objet sorte ou qu'elle perde conscience.

Désobstruction — le bébé

Les deux positions sur l'avant-bras, tête plus basse que le corps.

Emplacement réservé

🛑 Le bébé — jamais de poussées abdominales

Son foie est gros et mal protégé. Une poussée abdominale peut le déchirer.

Assoyez-vous et posez le bébé sur votre avant-bras, tête plus basse que le corps, en lui soutenant la mâchoire — sans lui comprimer la gorge.

Cinq tapes dans le dos — le talon de la main, entre les omoplates.

Retournez-le sur votre autre avant-bras, toujours tête vers le bas.

Cinq poussées thoraciques — deux doigts au même endroit que pour les compressions, mais plus lentes et plus profondes.

Alternez cinq et cinq.

Les cas particuliers

Une femme enceinte, une personne corpulente : les bras n'en font pas le tour, et le ventre n'est pas le bon endroit.

Poussées thoraciques — le poing au centre du sternum, à l'endroit des compressions. Même geste, plus haut.

Quand elle perd conscience

C'est le moment où les gens figent. Ils savent faire l'un, ils savent faire l'autre, mais personne ne leur a dit comment passer de l'un à l'autre.

1. Accompagnez-la au sol — ne la laissez pas tomber
2. Criez à l'aide, faites appeler le 911
3. Commencez la RCR : 30 compressions
4. AVANT chaque insufflation, REGARDEZ dans la bouche
5. Si vous voyez l'objet, retirez-le avec un doigt
6. Si vous ne le voyez pas, ne fouillez pas — vous l'enfonceriez

Après — même si tout est rentré dans l'ordre

Elle doit voir un médecin. Toujours.

Une poussée abdominale peut blesser à l'intérieur sans que rien ne paraisse. Et un fragment resté dans les voies respiratoires peut provoquer une infection plusieurs jours plus tard.

10

L'ANAPHYLAXIE ET L'ÉPINÉPHRINE

Une réaction allergique grave tue en minutes. L'épinéphrine l'arrête.

C'est le chapitre le plus utile pour un terrain de jeu — allergies alimentaires, piqûres d'insectes — et pour une clinique dentaire — anesthésiques, latex.

Reconnaître

Ce n'est pas une rougeur ou des démangeaisons. L'anaphylaxie touche plusieurs systèmes à la fois, et vite.

SystèmeCe qu'on voit
Respiratoiredifficulté à respirer, détresse, arrêt respiratoire
Cardiovasculaireétat de choc, arrêt cardiorespiratoire
Gastro-intestinalnausées, vomissements, diarrhée, douleur au ventre
Peauurticaire, enflure (angioœdème), rougeurs
Autresanxiété, sensation de mort imminente

Deux mots à connaître

L'urticaire — des lésions surélevées, qui se déplacent. Elles démangent et changent de place.

L'angioœdème — une enflure plus profonde, souvent au visage, aux lèvres, aux paupières. Plus inquiétant que l'urticaire : quand elle touche les voies respiratoires supérieures, elles se ferment.

Agir

① L'auto-injecteur, tout de suite.

Il est souvent dans son sac, sa poche, son pupitre. Demandez-le. Une personne allergique en porte presque toujours un.

L'auto-injecteur d'épinéphrine

Le repérage du site, la vérification des poches, et le maintien en place.

Emplacement réservé

② Comment l'utiliser

1. Retirer le capuchon de sécurité

2. Repérer le site : le CÔTÉ EXTÉRIEUR DE LA CUISSE,
   à mi-chemin entre la hanche et le genou.
   ⏰ « À 3 heures » si on imagine un cadran sur la cuisse.

3. 🛑 VÉRIFIER CE QU'IL Y A DESSOUS avant d'appuyer.
   Une pièce de monnaie, un trousseau de clés, un téléphone
   dans la poche — et l'aiguille ne se rend pas.

4. Appuyer fermement. À travers le vêtement si nécessaire :
   on ne déshabille pas.

5. Maintenir en place LE TEMPS INDIQUÉ SUR L'APPAREIL

6. Retirer et masser la zone quelques secondes

7. Noter L'HEURE de l'injection

③ Appelez le 911. Toujours. Même si la personne va mieux.

④ Couchez-la sur le dos, jambes surélevées — sauf si elle respire mal, et alors laissez-la s'asseoir.

⑤ Répéter la dose — trois cas, trois délais.

Ce que vous observezQuand répéter
Elle se détérioreaux 5 minutes
Aucune améliorationaux 10 minutes
Amélioration, mais les critères sont encore làaux 10 minutes

🛑 Il n'y a aucun nombre maximal de doses.

(Protocole officiel — voir le chapitre 11.)

🛑 Pourquoi il faut TOUJOURS appeler, même quand ça va mieux

Pensez à une réplique de tremblement de terre.

La première secousse passe, tout semble fini, les gens sortent — et la deuxième arrive. Ce n'est pas un nouveau séisme : c'est le même qui n'avait pas fini.

L'anaphylaxie fonctionne pareil, et pour deux raisons précises :

① L'allergène est toujours dans le corps. L'épinéphrine n'a rien enlevé — elle a ouvert les voies respiratoires et remonté la pression. Ce qui a déclenché la réaction est encore là, et continue d'agir.

② L'épinéphrine ne dure pas. Son effet s'estompe en quelques dizaines de minutes. Quand il tombe, il ne reste plus rien entre la personne et l'allergène.

La réaction peut revenir jusqu'à 24 heures plus tard, parfois davantage. Une personne qui rentre chez elle en se sentant bien peut s'effondrer seule.

🛑 Toujours appeler l'ambulance — jamais l'auto

NE JAMAIS prendre sa voiture pour aller à l'hôpital.

Imaginez-vous faire une crise anaphylactique au volant.

Ou imaginez votre passager en faire une. Qu'allez-vous faire ? Conduire plus vite ? Non. C'est dangereux, et c'est illégal.

⚠️ C'est vrai même si l'hôpital est à cinq minutes. Cinq minutes, c'est long quand la gorge se ferme, et vous serez seul au volant avec quelqu'un qui ne respire plus.

Ce qu'on ne fait pas

❌ Attendre de voir si ça passeça ne passe pas, ça empire
❌ Donner un antihistaminique à la placeil agit trop lentement et ne fait rien pour la gorge
❌ Injecter dans la fesse ou le brasla cuisse est le seul site enseigné
❌ Renvoyer la personne chez ellevoir ci-dessus
11

FORMATION OFFICIELLE — ÉPINÉPHRINE

Vous. C'est écrit dans le règlement :

🛑 Vous n'avez besoin d'aucune autorisation, d'aucun diplôme. C'est la raison pour laquelle ce chapitre existe : beaucoup de gens n'osent pas, croyant que ce n'est pas leur place. C'est leur place.

Ce qui déclenche une anaphylaxie

Une réaction où le système immunitaire réagit de façon exagérée au contact d'un allergène. Généralement plusieurs systèmes atteints, et très vite après le contact.

FamilleExemplesCe qui domine
Alimentairesarachides, noix, poissons, crustacés, œufs, produits laitiers, fruits, sésame, blé, soya, moutardedétresse respiratoire
Venin d'insectesabeilles, guêpes, fourmisétat de choc
Médicamentspénicilline, sulfamides, aspirine et anti-inflammatoires, iode de contrastevariable

📌 L'intensité varie selon la quantité d'allergène.

🛑 LES CRITÈRES D'INCLUSION — quand injecter

Deux conditions, et la seconde a deux voies.

① Contact avec l'agent causal dans les 4 heures précédentes

ET

② L'une ou l'autre de ces deux situations

SOIT   une détresse respiratoire
       OU une défaillance circulatoire

SOIT   2 des 4 présentations suivantes :
         □ urticaire ou angioœdème
         □ difficulté respiratoire
         □ défaillance circulatoire (ex. : grande faiblesse)
         □ symptômes gastro-intestinaux

Le critère d'exclusion

Le protocole général

1  ÉVALUER LA SÉCURITÉ      dangers ? · porter des gants

2  EXAMEN PRIMAIRE          appel au 9-1-1 EN MÊME TEMPS si vous êtes deux
                            oxygène si disponible

3  CRITÈRES D'INCLUSION ?   voir ci-dessus

4  SI OUI                   administrer l'épinéphrine SELON LE POIDS

5  SURVEILLANCE             si vous êtes seul : appeler, puis évaluer
                            aux 5 minutes

6  TRANSPORT À L'HÔPITAL    🛑 TOUJOURS

La dose — selon le poids

DoseQuand
Adulte0,30 mgplus de 25 kg
Pédiatrique0,15 mgmoins de 25 kg

L'auto-injecteur dose tout seul : vous choisissez le bon appareil, pas la bonne quantité.

Quand répéter

Ce que vous observezQuand répéter
Elle se détérioreaux 5 minutes
Aucune améliorationaux 10 minutes
Amélioration, mais les critères sont encore présentsaux 10 minutes

🛑 Quatre règles qui surprennent, et qui sont officielles

① Il n'y a aucun nombre maximal de doses.

② Administrer même si la date de péremption est passée. Un auto-injecteur périmé vaut infiniment mieux que pas d'auto-injecteur.

③ Dans le doute, administrer aux enfants. L'hésitation coûte plus cher que l'injection.

④ Chez un adulte connu pour une maladie cardiaque, faire preuve de plus de prudence — sans que ce soit une contre-indication.

Ce que fait l'épinéphrine

Exactement le contraire de la réaction :

DILATE les bronches            ← la réaction les resserrait
AUGMENTE la tension            ← la réaction la faisait chuter
AUGMENTE le pouls              → palpitations

Effets secondaires attendus : anxiété, tremblements, nausées, vomissements. Ce ne sont pas des complications — c'est le médicament qui travaille. Dites-le à la personne, elle sera moins effrayée.

🩹 Si vous vous piquez par accident

Ça arrive, surtout avec une personne agitée.

Ce qu'il faut faire
Piqûre souillée (l'aiguille a servi)faire saigner · nettoyer à l'eau et au savon, ou au désinfectant sans eau · consultation urgente
Piqûre propre dans un doigtcompresses chaudes · garder la main basse · consultation urgente

📌 Dans les deux cas, on va à l'urgence. L'épinéphrine dans un doigt peut en couper la circulation.

Ce que dit la formation officielle sur la certification

PRÉALABLE      RCR avec exposition au DEA
FORMATION      4 heures · pré-test au début · évaluation pratique continue
CERTIFICATION  valide 3 ans
12

AIDE-MÉMOIRE

LA SÉQUENCE

1  SÉCURISER          regarder avant d'avancer

2  CONSCIENCE         parler fort · toucher les épaules
                      ↓  aucune réaction

3  APPELER LE 911     désigner quelqu'un du doigt
                      « VOUS : appelez le 911 et rapportez le DEA »

4  RESPIRATION        10 secondes maximum
                      regarder · écouter · sentir
                      ⚠️ des halètements ne sont PAS une respiration
                      ↓  ne respire pas

5  RCR                commencer tout de suite

6  DEA                dès qu'il arrive

Elle respire mais reste inconsciente → position latérale de sécurité. Elle est consciente → CSAMPLE.

LES CHIFFRES

ADULTEENFANTBÉBÉ
puberté et plus1 an à la puberté0 à 1 an
Mains2 mains1 ou 2 mains2 doigts (ou 2 pouces à deux)
Oùcentre, ligne des mamelonsidem1 doigt sous la ligne des mamelons
Profondeur5 à 6 cm⅓ du thorax ≈ 5 cm⅓ du thorax ≈ 4 cm
Fréquence100 à 120 / min100 à 120 / min100 à 120 / min
Seul30 / 230 / 230 / 2
À deux30 / 215 / 215 / 2

Remontée complète entre chaque compression. Changer de secouriste aux 2 min.

Selon la norme canadienne CSA Z1210 (ACNOR).

LE DÉFIBRILLATEUR

ALLUMER              il parle, il guide, il ne se trompe pas
DÉNUDER              poitrine nue et sèche
COLLER               adulte : clavicule droite + aisselle gauche
                     < 8 ans ou < 25 kg : électrodes pédiatriques
                     trop grandes ? une devant, une dans le dos
ANALYSE              personne ne touche
CHOC                 « Écartez-vous ! » · regarder · appuyer
REPRENDRE            compressions IMMÉDIATEMENT — sans vérifier le pouls

🛑 Pas d'électrodes pédiatriques ? Utilisez celles d'adulte. Un DEA sans réducteur de dose peut quand même sauver la vie.

🛑 Les électrodes ne doivent jamais se toucher.

L'ÉTOUFFEMENT

ELLE TOUSSE FORT        🛑 NE RIEN FAIRE — l'encourager, surveiller
                        elle pousse plus fort que vous
                        et si elle tousse, l'air entre encore

NI PARLER NI TOUSSER    intervenir

ADULTE / ENFANT         5 tapes dans le dos
                        5 poussées abdominales
                        alterner

BÉBÉ                    5 tapes dans le dos, tête vers le bas
                        5 poussées thoraciques
                        🛑 JAMAIS de poussées abdominales

ENCEINTE / CORPULENTE   poussées THORACIQUES, au centre du sternum

PERD CONSCIENCE         au sol · 911 · RCR
                        regarder dans la bouche avant chaque insufflation
                        ne jamais fouiller à l'aveugle

Toujours voir un médecin après, même si tout est rentré dans l'ordre.

L'ANAPHYLAXIE

Plusieurs systèmes touchés à la fois, et vite.

PEAU            urticaire · gonflement du visage, des lèvres
RESPIRATION     gorge serrée · voix rauque · sifflement   🛑 LE SIGNE GRAVE
CIRCULATION     pâleur · étourdissement · perte de conscience
DIGESTION       crampes · vomissements
1  AUTO-INJECTEUR    côté EXTÉRIEUR de la cuisse
                     à travers le vêtement si nécessaire
                     noter l'HEURE

2  APPELER LE 911    TOUJOURS — même si ça va mieux

3  COUCHER           jambes surélevées
                     sauf si elle respire mal → assise

4  2e DOSE           après 5 à 15 min si aucune amélioration

🛑 Aller mieux n'est pas guérir — c'est l'entracte. L'allergène est toujours dans le corps, et l'épinéphrine ne dure pas. La réaction peut repartir de 1 à 8 heures plus tard.

CE QU'IL FAUT DIRE AU 911

OÙ      adresse · étage · local
QUOI    « une personne inconsciente qui ne respire pas »
QUI     adulte · enfant · bébé
VOUS    votre nom · votre numéro

Ne raccrochez pas le premier.

CE QUE CE LIVRE NE COUVRE PAS

Il enseigne la réanimation et trois urgences vitales. Ce n'est pas un manuel complet de premiers soins.

Vous n'y trouverez pas les hémorragies, les brûlures, les fractures, les convulsions, l'AVC, l'hypoglycémie ni l'hypothermie.

Ce n'est pas un oubli. Un livre qui essaie de tout couvrir n'est retenu sur rien. Celui-ci fait une chose : vous rendre capable d'agir devant quelqu'un qui ne respire plus.

Selon la norme canadienne CSA Z1210 (ACNOR).

Richard Grondin — formateur en secourisme depuis 30 ans.